13 septembre 2017 ~ 1 Commentaire

Commentaire de « Femmes, soyez soumises à vos maris » Voltaire

Séquence II : L’argumentation « Femmes, soyez soumises à vos maris » Voltaire ( 1768 )

Correction du commentaire

 

Ce commentaire du bac blanc sera intégré à la liste des lectures analytiques pour l’oral.

 

Ce que l’on peut observer globalement sur le texte :

  • il s’agit d’une forme d’argumentation indirecte : Voltaire ne donne pas directement son pt de vue, mais passe par le biais du pers de la maréchale.
  • l’extrait prend la forme d’un dialogue, mais l’abbé ne parle presque pas ( 3 répliques ), donc on ne peut pas dire qu’il y ait un échange entre les pers ( ni didactique, ni dialectique, ni polémique )
  • le but de la maréchale qui monopolise la parole est de contester, réfuter l’affirmation « Femmes, soyez soumises à vos maris » => elle veut donc convaincre l’auditeur ( l’abbé, et derrière lui, nous lecteurs ) que la condition féminine est injustement peu enviable et que la supériorité des hommes n’a pas de fondement : pour cela, elle utilise des arguments et exemples ( appel à la raison ) et rend son discours persuasif par des procédés rhétoriques
  • le texte comporte une dimension ironique importante

 

Ce que l’on peut observer plus en détail :

  • la situation de communication : une femme aristocrate cultivée qui parle devant un abbé ayant peu de répondant sur des questions de sexualité et critiquant St Paul et la religion => situation cocasse, mettant l’abbé en difficulté / situation vivante, plaisante pour le lecteur
  • un texte construit, progression du raisonnement : critique de St Paul / réflexion sur le mariage et les infidélités mutuelles / vive réaction contre la condition d’esclaves et évocation des souffrances du sexe féminin ( grossesse, accouchement, menstruations ) / référence à la nature qui a créé la différence entre les sexes, et non pas l’inégalité / remise en cause de la prétendue supériorité masculine fondée sur des critères physiques ( la barbe et les muscles ) / remise en cause de la supériorité intellectuelle et de la capacité des hommes à gouverner par un exemple significatif ( Catherine II, impératrice de Russie )
  • présence de mots de liaison pour soutenir cette progression du raisonnement
  • expression de l’indignation, de la colère ( « rouge de colère » / « jeté le livre » / exclamations ( l. 10 / 23 ), rafale de questions rhétoriques ( l. 12 à 19 ) avec anaphore ( « N’est-ce pas assez … » )
  • champ lexical de la soumission ( « soumises / esclaves / esclavage / maître / obéissez / j’obéisse très humblement )
  • périphrases pour désigner les souffrances de la femme ( l. 14 à 18 )
  • aspect comique, humour de la maréchale : elle traite St Paul comme un homme ordinaire / moquerie, ironie sur la barbe des hommes et leurs muscles
  • culture et intelligence de la maréchale : référence à Molière, à un exemple historique, capacité à développer sa pensée ( longueur de son discours )
  • assurance, certitude de la maréchale qui ne doute pas de la valeur de son argumentation  : « je suis persuadée que … / Il fallait que … / Certainement la nature … / je me souviens bien que … / Mais voilà une plaisante raison … / Je sais bien qu’en général … / mais je leur montrerai …/ je me sens capable de … »
  • indifférence, voire mépris de la maréchale pour le livre de St Paul : elle dit l’avoir ouvert « par hasard », il « traînait » dans son cabinet , elle feint de ne pas savoir de quoi il s’agit ( «  c’est, je crois …. » ) et ne tient pas compte de l’identité de l’auteur ( réponse du tac au tac l. 6 ) => elle montre ainsi qu’elle ne soumet pas sa pensée à celle de l’Église
  • critique explicite des couvents l. 33 / 34 ( chiasme « des imbéciles qui nous apprennent ce qu’il faut ignorer, et qui nous laissent ignorer ce qu’il faut apprendre » ) => l’éducation religieuse des jeunes filles entretient l’ignorance, maintient dans l’obscurantisme qui favorise la soumission des femmes
  • emploi de pronoms et noms variés : soit « Je, me » : référence à sa situation personnelle / soit « nous, un homme, les hommes, ils, les reines et les rois » : généralisation
  • éloge de la « princesse allemande « : énumération de ses actions + rép de « toutes / tous » l. 30 à 32
  • ironie de la dernière ligne : abbé « fort poli » : ce n’est pas par politesse qu’il ne répond pas .

 

Introduction « Femmes, soyez soumises à vos maris » Voltaire ( 1768 )

  • contexte : siècle des Lumières ( en dire qqs mots )
  • Voltaire : philosophe engagé dans les combats des Lumières ( l’esclavage, le rôle de la religion, les injustices … ) et auteur connu surtout pour ses contes philo ( Candide, ou Micromégas … que vous pouvez tjs lire en passant, ça ne tue pas ! )
  • extrait d’un recueil Mélanges, pamphlets et œuvres polémiques : l’auteur met en scène deux pers : les présenter ainsi que le thème de la discussion
  • cet extrait relève de l’argumentation indirecte ( expliquer )
  • Pbtique : comment l’auteur arrive-t-il à exprimer un point de vue sur la condition féminine de son époque ?
  • Plan I . Intéresser et distraire le lecteur

    II . Mener une réflexion critique

 

I . Aspect plaisant, vivant et comique du texte

1 / Intérêt de la situation de communication mise en place

  • dialogue + intéressant pour le lecteur qu’un essai par ex
  • situation comique ds la rencontre de ces deux pers : pourquoi ? De quoi la maréchale parle-t-elle à l’abbé ?

 

2 / Vivacité de la parole : une scène enlevée

  • mise en valeur de l’indignation de la maréchale : l. 1 ( hyperbole ) / l. 4 : on imagine le geste de colère ( « jeté le livre » ) : aspect comique
  • ponct expressive , interjections  pour les deux interlocuteurs: aspect théâtral : citer des ex
  • la maréchale fait parler d’autres voix pour animer son discours : qui ? ( passages en italiques )

 

3 / Langage direct de la maréchale, franc-parler

  • n’hésite pas à évoquer des réalités crues du corps, considérées comme vulgaires : donner deux ex
  • référence à des détails concrets dans un langage simple : l. 24 à 26 => relever les termes
  • irrespect pour St Paul, un apôtre qu’elle traite comme un ho ordinaire ( le montrer ) + insulte directe pour les ecclésiastiques : « des imbéciles » devant un ecclésiastique

 

Transition : une scène vivante, avec un pers qui attire la sympathie du lecteur par son franc-parler, la vivacité de ses propos. Son discours est une sorte de tirade qui la met en valeur face à un abbé presque muet : on peut donc voir un côté théâtral comique à ce texte ( d’ailleurs, la maréchale se réfère à Molière ). Cette vivacité de la scène amène facilement le lecteur à suivre la démarche argumentative de la maréchale.

 

II . La visée argumentative du texte ( ou La capacité du personnage à argumenter )

1 / Un raisonnement construit et fondé

  • on peut voir 3 arg : 1° : le sexe féminin subit déjà assez de souffrances physiques pour qu’on ne lui impose pas en plus la soumission / 2° : de par la nature, il existe des différences physiques entre ho et fe, mais cela ne justifie pas la supériorité de l’un sur l’autre / la supériorité intellectuelle n’est pas fondée non plus
  • chaque arg est illustré par un ou des ex précis qui donnent une valeur concrète à l’arg : énoncer ces ex. => la maréchale est capable de dév son argumentation ( raisonnement avec mots de liaison )
  • elle s’appuie sur son expérience personnelle ( emploi de JE l. 14 à 18 / 23 à 25 ) , et élargit sa pensée en généralisant ( emploi de « nous, les uns aux autres » l. 21 / « les hommes, un homme, ils » )

 

2 / L’expression d’une révolte passionnée et l’interpellation du récepteur

  • indignation de la maréchale : questions rhétoriques qui prennent le récepteur à parti et l’obligent à adopter le pt de vue de la maréchale ex l. 14 / 15 « N’est-ce pas assez que … » la réponse est « oui, c ’est assez »
  • la condition féminine : insistance sur la soumission ( CL à relever ) + les souffrances imposées à la femme par la nature : périphrases pour désigner la grossesse et les menstruations ( relever mots de ce CL ) => le récepteur doit éprouver de la compassion pour les femmes
  • éloge de l’impératrice de Russie : l. 30 à 32 lexique positif ( citer ) + énumération de toutes les actions effectuées + rép de « toutes, tous » => cela montre l’admiration de la maréchale pour cette femme ( « ce modèle » ) => le récepteur peut éprouver la même admiration

 

3 / La critique directe et l’ironie

Derrière le pers de la maréchale se cache Voltaire qui a un pt de vue critique sur la société de son temps

  • sur le mariage : l. 12 / 13 en 3 phrases simples, remise en cause de la notion de fidélité : rép du vb « promîmes » à la forme affirmative, puis négative : la promesse n’entraîne pas d’obligation / l’infidélité est réciproque et place les deux époux ds une situation d’égalité : emploi de « Nous » puis « ma parole / la sienne / ni lui / ni moi » : symétrie
  • sur la religion et ses représentants ( cible très fréquente de la pensée voltairienne ) : le pers de l’abbé est dévalorisé par rapport à la maréchale : peu capable de parler ( 3 répliques courtes dont 2 questions traduisant l’étonnement ), pas capable de contredire ( aucune défense, aucune réaction ) => la fin de l’extrait le montre muet par précaution ( « n’eut garde de contredire » ), mais en fait il n’a pas d’arguments et le narrateur ajoute une précision ironique ( « qui était fort poli » ) : sa politesse n’est pas la vraie raison de son silence, et Voltaire a pris un malin plaisir à faire répéter trois fois « madame » par l’abbé => on peut donc être poli mais peu intelligent
  • sur l’éducation réservée aux femmes : l. 33 / 34 critique directe de l’obscurantisme de l’éducation religieuse ( citer le chiasme ) : le vb « ignorer » s’oppose à «lumières ». D’ailleurs, l’abbé lui-même est un ex sans doute de cette éducation. La maréchale ( et aussi Catherine de Russie ) est un contre-exemple de cette éducation. Ne considère pas St Paul et ses Épîtres comme une référence, une connaissance utile, par contre connaît Molière et l’actualité politique de son époque => femme à l’esprit libre, capable d’énoncer son avis et de le défendre ( et de clouer le bec à un abbé ! )

 

 

Conclusion

Par le biais d’une scène plaisante, qui peut faire rire le lecteur, et le biais d’un personnage à la parole libre et franche, Voltaire amène le lecteur à réfléchir sur la condition féminine et à remettre en cause la prétendue supériorité masculine . Cette stratégie argumentative, qui consiste à donner la parole à un personnage qui défend son propre point de vue, s’avère efficace et est aussi utilisée par Voltaire dans un chapitre de Candide où un personnage, le « nègre » de Surinam, expose l’injustice de sa condition d’esclave . ( cet extrait se trouve dans votre manuel de Littérature => lisez-le impérativement )

 

 

 

Critères d’évaluation du commentaire

  • L / 4 = correction de la langue ( syntaxe, orthographe, ponctuation, vocabulaire )

  • O / 4 = organisation ( introduction /conclusion / mise en §, connecteurs logiques, progression du raisonnement, pas de redondances )

  • A / 8 = analyse ( absence de paraphrase, compréhension du texte, interprétation, explication, soutenue par des procédés d’écriture, illustrée par des citations pertinentes, bonne utilisation des outils d’analyse littéraires )

Une réponse à “Commentaire de « Femmes, soyez soumises à vos maris » Voltaire”

  1. distributiondescartes 13 septembre 2017 à 18 h 13 min

    Corrigé du commentaire donné au bac blanc en 2014


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